mars 16, 2019

Presse

Un beau documentaire qui défend la liberté d’avorter, à travers le témoignage de plusieurs femmes.

D’abord, il y a un parc sur lequel s’attardent des plans fixes. Les vies circulent, la parole adviendra dans cet environnement ouvert, parce que le confinement dans un espace clos acterait une exhortation à la confidentialité. C’est ce que beaucoup, accordant moins un droit qu’ils ne le concèdent en leur for intérieur, demandent aux femmes avortées : de la discrétion, comme une preuve de leur honte. Mais honte de quoi ? Aucune des intervenantes ne donnera à la société les gages d’une allégeance, quand il s’agit d’une simple question de liberté. « Mon corps m’appartient », disaient les féministes de la deuxième génération. C’est ce slogan qu’illustrent tous les témoignages de ce beau documentaire. Avec des mots très simples, pleins de bons sens, parfois pleins d’humour, ces narratrices de différents âges expriment des choix : « Ca ne m’intéressait pas, les gamins ne m’intéressaient pas. Ma plus grand peur était de le sentir, parce que j’allais avoir l’impression d’avoir un Alien dans le bide. », « J’avais l’impression d’être dans une série à deux balles : oh, je suis enceinte ! »

Ces femmes évoquent aussi des moyens de contraception que des médecins de famille leur ont spontanément prescrits dès l’adolescence, comme la pilule, alors que certaines ne la supportaient pas. Les injonctions sociales qui pèsent sur le sexe féminin traversent un certain nombre d’actes médicaux, empreints de l’idéologie patriarcale, dont la plus évidente manifestation consiste à lester les patientes de la responsabilité contraceptive et -plus globalement- à régenter leur corps. Et l’on constate que tous les sentiments de culpabilisation afférents ont tôt fait d’infléchir des décisions, jusqu’au choix de garder l’enfant, à plus forte raison lorsque ces personnes enceintes subissent les rappels à leur « horloge biologique ». Ainsi, une des intervenantes rapporte le propos d’une de ses amies, laquelle juge qu’à trente ans, « ce n’est plus l’âge d’avorter ». Derrière ces pressions, se lisent les stéréotypes qui pèsent sur l’ »éternel féminin » et que des années de luttes émancipatrices n’ont pas totalement réussi à éradiquer. Entre les témoignages, des photos des années 60 et 70 rappellent le combat pour l’avortement, tandis que des paroles hostiles ou favorables à ce qu’on appellera bientôt la loi Veil, des compte-rendus d’affaires importantes comme le procès de Bobigny, permettent de mettre en perspective les enjeux de ce droit arraché à des siècles de domination masculine. A l’heure où des discours réactionnaires s’attaquent à l’avortement, y compris au sein de la communauté médicale, la sortie de ce film constitue véritablement un acte militant. 

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Un documentaire délicat – panel de témoignages divers autour de l’expérience de l’I.V.G – dans lequel les femmes se racontent avec liberté et sobriété sur ce moment de vie singulier et absolument intime. Une volonté de transmission utile sur un sujet tabou

Le film s’ouvre sur les hauteurs d’un jardin public, la densité des arbres est soutenue par un ciel gris, menaçant. “ J’ai avorté quand j’avais seize ans ”… On entend seulement la voix de celle qui va raconter son expérience parce que cela “ peut être utile ” : cette volonté de transmission est annoncée dès le début du film. Puis les visages des femmes apparaissent un à un, chacune témoigne face caméra, comme le ferait une amie bienveillante. Dans le décor plein de verdure des jardins se dévoilent  les paroles, l’imprévu, l’étrangeté, les relations sentimentales, les émotions et la maternité non désirée. On ne connaîtra rien d’autre de ces femmes, si ce n’est leur expérience de l’avortement. Cette neutralité sert le film, dont l’objectif est uniquement d’écouter ces femmes, leur parole étant  la matière brute, sincère, en dialogue avec une caméra qui a su trouver la juste distance. Il se dégage, dans ce premier mouvement du documentaire, la douloureuse thématique de la solitude, des procédures, le moment où l’avortement est intervenu dans la vie de ces femmes. Des images d’archives viennent faire écho à ces paroles, pour rappeler  les laborieuses avancées en matière de droit des femmes, celui permettant de disposer en toute liberté de son corps. L’image et les voix des archives rappellent avec une dureté solennelle qu’en 1920, en France, les femmes souhaitant avorter encouraient des peines de prison… Viennent ensuite le récit de l’acte médical en lui-même, les jugements, les difficultés, la bienveillance, l’effarement, la douleur et, souvent, la nette opposition d’une société qui a du mal à assimiler la liberté dont les femmes doivent pouvoir disposer concernant la conduite de leur existence.

Les images d’archives éparses (discours politiques, du MLF notamment) apportent parfois l’impression regrettable de servir de prétexte à des pauses dans le film. Ces respirations sont aussi amenées par des  plans champêtres, en parfaite osmose avec le récit calme, émouvant, des femmes assises dans l’herbe, qui se questionnent, échangent avec l’objectif autour de l’empreinte psychologique laissée par leur avortement. En effet, le film met en lumière le témoignage de ces femmes sur “l’après”, et apporte une vision enrichissante, rare, sur un sujet décrié. Elles racontent, avec un certain recul, leur besoin de reconstruction, et plus particulièrement le manque d’humanité dans l’accompagnement, lorsque celui-ci a lieu. Un événement jamais anodin, qui laisse des traces dans la vie des femmes, et qui pose nécessairement la question des enjeux de la contraception, la peur de la remise en question des droits acquis, les pressions exercées sur elles quant à leur maternité…

Cette parenthèse féminine se termine sur des interrogations, et sur un générique punk et provocant, dont les paroles assimilent les femmes libres à des sorcières. Une pirouette militante qui annonce que le combat pour le droit des femmes n’est pas terminé, et un documentaire utile, qui rend compte avec justesse de la pluralité des parcours et des sentiments à propos d’un sujet toujours sensible, souvent vecteur de solitude et d’incompréhension.

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Ce documentaire choral croise les paroles d’une dizaine de femmes qui ont eu recours à l’avortement. Avec recul, elles racontent leur cheminement intime, plus ou moins éprouvant. Leurs récits mettent au jour les obstacles qu’opposent encore la société et le corps médical à celles qui optent pour l’IVG, plus de quarante ans après sa légalisation. Dommage que des archives non identifiées et des vues de parcs incongrues rythment artificiellement le film. Mais on en salue l’engagement féministe, alors que s’élèvent toujours plus de voix contre l’avortement.

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Une douzaine de femmes, d’âges et de milieux sociaux divers, témoignent de leur avortement. Militant, ce documentaire fait passer une parole intime sans pathos.

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Interview de Nicolas Drouet publiée dans Ouest-France le 8 mars 2019 : Pour le 8 mars, Toile d’essai et le Planning familial diffusent Quand je veux, si je veux, documentaire donnant la parole à des femmes ayant vécu un avortement. Entretien avec Nicolas Drouet, un des réalisateurs.

Quel a été le point de départ de ce documentaire ?

À travers ce film, nous voulions revenir, avec Susana Arbizu, Henri Belin et Mickaël Foucault (coréalisateurs), sur le fait que la loi autorisant l’IVG (Interruption volontaire de grossesse) en France est toujours frappée d’un tabou depuis 1975. Le sujet de l’IVG reste dans la sphère de l’intime et beaucoup de femmes vivent l’avortement comme une honte. Encore aujourd’hui, des professionnels de santé font culpabiliser les femmes sur ce sujet. Ce documentaire s’est construit en réaction à tout cela.

Quels ont été vos partis pris pour Quand je veux si je veux  ?

Ce documentaire est constitué d’entretiens de femmes réalisés face à la caméra, en étant à l’écoute et sans tomber dans le pathos. Il a été réalisé sur le long terme, en trois ans de tournage, avec beaucoup de rencontres.
Nous avons aussi évité de faire intervenir des professionnels de santé, car ça hiérarchise la parole, ce que nous ne voulions pas. Nous avons cherché à réaliser un film « chorale », qui puisse servir à d’autres femmes. Il a été réalisé en indépendance totale, grâce à l’appui d’un financement participatif qui a bien marché.

Comment avez-vous recueilli ces témoignages ?

Nous sommes passés par plusieurs biais, notamment par le blog IVG, je vais bien, merci. Sur ce site, où nous avons lancé un appel à témoins, des femmes racontent leur IVG, avec parfois l’évocation de moments difficiles et traumatisants. Mais on y retrouve aussi des témoignages où cela s’est très bien déroulé. Nous avons rencontré dix-huit personnes au total, avec près de quarante heures d’entretiens, et nous avons gardé une dizaine de témoignages pour le film.

Ces rencontres, comment vous les avez construites ?

Nous avons suivi un protocole identique pour chaque femme. Nous les avons d’abord rencontrées pour présenter le projet du documentaire, elles nous ont raconté leur histoire, puis nous les recontactions plus tard, pour qu’elles ne soient pas dans une situation de fragilité. Nous voulions que leur parole soit sûre.

Ce film évoque quelles thématiques ?

Quand je veux si je veux aborde l’expérience de l’IVG, de la découverte de la grossesse à l’opération, en passant la vie post-IVG. Puis le documentaire évoque le sujet de l’IVG d’un point de vue général, avec un regard politique et militant. L’IVG est replacée dans un contexte historique, avec des photos d’archives de Catherine Deudon, photographe et féministe qui a beaucoup documenté ce combat.

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« Quand je veux, si je veux ! » : le combat pour l’IVG sur grand écran.  

Lola, Sigrid, Magali… Face caméra, une dizaine de femmes racontent leur avortement dans le documentaire « Quand je veux, si je veux ». Elles confient leurs sentiments, leurs angoisses et racontent l’accueil du corps médical au moment de leur IVG. Un long métrage qui remet sur la table un sujet presque absent du débat social en France. En salles le 13 mars 2019.
Elles sont Françaises, ont entre 20 et 35 ans et parlent sans langue de bois de leur interruption volontaire de grossesse, dans le documentaire Quand je veux, si je veux, réalisé par Susana Arbizu, Henri Belin, Nicolas Drouet et Mickaël Foucault, en salles le 13 mars. Leur situation de couple, la raison de leur avortement et surtout comment elles ont vécu cette épreuve : tous les sujets sont abordés. Le corps médical a-t-il été à la hauteur face à ces femmes en détresse ? Leur compagnon a-t-il été mis au courant de cette grossesse avortée ? Pendant longtemps, l’IVG a été considéré comme un meurtre… jusqu’à son autorisation, en 1975. Plus qu’une série de témoignages poignants, Quand je veux, si je veux, sélectionné dans divers festivals, revient sur la genèse de ce combat pour ce droit fondamental de toutes les femmes à disposer de leur corps à travers des enregistrements et images d’archives.

« Quand je veux, si je veux », le documentaire qui relance le dialogue sur l’avortement

Lorsque l’on décide de se faire avorter, la première appréhension est certainement de ne pas savoir vers qui se tourner. Les parents peuvent-ils être mis au courant tout en respectant le choix de leur fille ? Comment va réagir le partenaire ? Tout en rappelant que l’IVG peut laisser des séquelles psychologiques et un gros sentiment de culpabilité, le documentaire Quand je veux, si je veux revient sur l’accueil du corps médical, pas toujours agréable. Jeunes ou moins jeunes, les femmes qui témoignent pendant le film reviennent sur les réflexions désobligeantes qu’elles ont pu entendre à l’hôpital, les sites Internet pro-life qui tentent de les faire changer d’avis, la prise en charge par la gynécologue, à l’écoute ou pas, ainsi que la solitude à laquelle elles ont dû faire face. Un long-métrage qui prouve que le combat pour l’acceptation de l’IVG n’est pas encore terminé.

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Un documentaire et un ouvrage d’universitaires décortiquent ce droit à part, l’un à base de témoignages à visage découvert, l’autre avec la précision de la recherche.

C’est un docu (Quand je veux si je veux) qui dit tout cru l’avortement. Il débute par des témoignages sur la décision de recourir à une IVG : «Je n’étais plus avec le garçon dont je suis tombée enceinte ; pas une seule seconde, je me suis posé la question de le garder» ; «Ça ne m’intéressait pas. Les gamins ne m’intéressaient pas. Être enceinte ne m’intéressait pas. Je n’avais que 20 ans. Ma plus grande peur, c’était de le sentir bouger ; d’avoir l’impression que j’avais un alien dans le bide».

C’est aussi un ouvrage intitulé Mon corps, mes droits ! L’avortement menacé ? Panorama sociojuridique : France, Europe et États-Unis, paru sous la direction de deux chercheuses, Laurence Brunet (juriste, chercheuse associée à l’Institut des sciences juridique et philosophique de la Sorbonne) et Alexandrine Guyard-Nedelec (maîtresse de conférences en civilisation britannique et sociologie du droit à Paris-I Panthéon-Sorbonne) (2) qui dit avec érudition que l’avortement «n’est pas un droit comme les autres», mais quasi une tolérance ; que même «lorsque les législations sont les plus compréhensives, on constate que plusieurs conditions sont imposées comme autant de restrictions». Ou encore que «l’avortement étant confié aux médecins, sa mise en œuvre est dépendante de leur déontologie». Comme en Italie où 70% des gynécologues invoquent leur clause de conscience pour refuser de pratiquer un avortement (ces «objecteurs de conscience» atteignent les 90% dans le centre et le sud du pays).

Un droit à part

Ces travaux tombent à point, au beau milieu de nos soubresauts hexagonaux, comme ne manquent pas de le souligner l’un des auteurs du documentaire, Henri Belin, et l’une des auteures de l’ouvrage, Alexandrine Guyard-Nedelec qui ont fait séance commune il y a peu au cinéma le Brady à Paris.

Mi-mars, un syndicat de médecins, le Syndicat national des gynécologues et obstétricien (Syngof) qui représente environ 40% de la profession, n’a rien trouvé de mieux que de menacer d’une grève des IVG pour se «faire entendre» du ministère de la Santé et obtenir la satisfaction d’une revendication concernant le fonds de garantie destiné à couvrir les praticiens condamnés pour erreurs médicales. Sept mois plus tôt, le président de ce syndicat avait déclaré ne pas être là pour «retirer une vie» et assimilé l’IVG à un «homicide»… Quant à la fameuse clause de conscience spécifique à l’avortement, elle existe encore et toujours en France au grand dam de nombre de féministes (et pas que) et fait de l’IVG un acte médical à part, donc un droit à part.

«Sortir la parole du secret et de la culpabilité»

Dans le docu qui bénéficie d’une sortie nationale en mars, les freins à l’avortement en France sont clairement énoncés. Filmées l’une après l’autre dans des parcs, donc dans des espaces publics pour sortir l’IVG de l’ombre et du tabou, la dizaine de femmes raconte sa galère : «J’ai eu du mal à trouver les infos, à savoir à qui m’adresser» ; «Moi je n’ai pas su du début jusqu’à la fin ce qui allait se passer» ; «A l’accueil, une femme m’a dit : « De plus en plus de filles avortent comme ça. C’est gâché »» ; «A l’échographie, on m’a dit : « Ah ! beau début de grossesse »» ; «Dans la machine médicale, y a de l’humain à remettre» ; «On te dit que tu vas expulser l’œuf, mais on ne pond pas ! Et on perd beaucoup de sang. Tellement» ; «Moi j’ai eu le choix entre anesthésie locale ou générale» etc. Et après ? L’une des femmes cingle : «Si t’es bien, c’est pas normal. Si tu t’en remets pas t’es une chieuse.» L’autre assure que «c’était juste une opération».

Henri Belin rappelle qu’en France une femme sur trois avorte au cours de sa vie et qu’«il est temps de sortir la parole du secret et de la culpabilité». Alexandrine Guyard-Nedelec complète : «On n’entend jamais une femme dire : « Désolée je ne serai pas là la semaine prochaine car j’ai une IVG. »» Alors que tous deux le disent : «La parole est indispensable pour continuer à défendre ce droit sans cesse menacé.»

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Après sa sélection dans plusieurs festivals, le documentaire de Susana Arbizu, Henri Belin, Nicolas Drouet et Mickaël Foucault, Quand je veux, si je veux, est sorti en salles le 13 mars 2019 dans le cadre de la journée internationale des droits des femmes.

Quatre réalisateurs et réalisatrices se sont associé·es pour recueillir le témoignage d’une douzaine de femmes qui ont avorté. Elles sont toutes différentes dans leurs parcours de vie : elles ont avorté jeune, ou un peu plus âgée, avec parfois déjà des enfants, elles vivent avec des modes culturels propres à chacune d’elles. Nous n’en saurons guère plus. Elles nous font penser à celles qui disent : « J’ai avorté. Merci. Je vais bien ». Elles disent tout simplement, « je ne veux pas d’enfant », sans honte, sans culpabilité.

Le droit à l’avortement, chèrement acquis en 1975 en France, après de larges mobilisations, des pratiques illégales sous les feux des photographes et caméramans, des engagements politiques et sociaux forts, est devenu un acte sécurisé dans l’expérience des femmes. Face à la caméra, dans des jardins publics, les femmes livrent leur réalité intime, chacune à sa façon. De temps à autre, sont insérés des sons d’archives des combats des années 1970 pour le droit à l’avortement. Ces respirations donnent encore plus de force aux propos de ces femmes. L’avortement devient ainsi un sujet en tant que tel !

Pourtant, persistent des problèmes : manque d’information, fermeture définitive ou temporaire (l’été) de centres d’IVG, limitation du délai légal en France entraînant encore des départs vers d’autres pays plus conciliants, difficultés persistantes pour les femmes en exil. Il faudrait aussi se taire, se cacher. Là apparaissent des paroles sereines et fortes affirmant choix et désir. La maternité n’est pas une obligation ! Propos féministe s’il en est, qu’il faut toujours et toujours réaffirmer.

« Dans la lignée de celles qui se sont battues pour l’obtention du droit d’avorter, Lola, Magali, Sigrid…posent des mots pour elles et pour les autres. Une parole indispensable pour continuer à défendre ce droit sans cesse menacé. »

 

 

Quand je veux, si je veux : un film féministe sur l’avortement

Après sa sélection dans plusieurs festivals, le film de Susana Arbizu, Henri Belin, Nicolas Drouet et Mickaël Foucault, Quand je veux, si je veux, sortira en salles le 13 mars 2019 dans le cadre des manifestations organisées autour de la journée internationale des droits des femmes. Les lignes qui suivent présentent ce film que nous avons eu la chance de voir, et dont la bande-annonce est visible, ici.

Quand je veux, si je veux est un film construit entièrement à partir d’entretiens avec des femmes vivant dans la France d’aujourd’hui. Il est ponctué de sons d’archives qui nous replongent dans les combats des années 1970 pour le droit à l’avortement, mais l’essentiel de sa trame – et de sa force – est constitué par la parole d’une douzaine de femmes de tous âges racontant leur expérience de l’avortement.

Les auteur-e-s ont choisi de se concentrer sur cette parole, sans nous en dire plus sur leurs trajectoires amoureuses et conjugales, sur leurs métiers ou leurs idées, et nous n’en ressentons jamais le manque. Car c’est avant tout pour saisir le sens d’une expérience que ces femmes ont été interviewées, et cette parole resserrée permet de construire l’avortement en sujet à part entière.

Il est en effet important d’y revenir, même s’il se dit souvent que le droit à l’IVG est désormais acquis. D’autres films, d’autres ouvrages, ou encore l’expertise militante et professionnelle, ont souligné tout ce qui, dans la loi, dans l’accueil médical et dans la prise en charge, limite encore ce droit. L’intérêt propre du film de Susana Arbizu, Henri Belin, Nicolas Drouet et Mickaël Foucault est d’aider à comprendre, de manière tangible, concrète, ce qui a été véritablement accordé aux femmes. L’expérience qui est ainsi donnée à voir et à entendre vient éclairer ce qui a longtemps été occulté, fantasmé, considéré comme une abomination, un meurtre, un crime, ou a minima un calvaire, une souffrance, un traumatisme : l’avortement, donc.

Car justement, nous disent ces femmes, l’avortement n’est pas un traumatisme. Il peut être difficile, douloureux, pénible (parce que l’annonce d’une grossesse laisse entrevoir des possibles aux conséquences considérables, elle soulève des questions), mais la réponse des interviewées est souvent très claire : ces femmes tout simplement ne voulaient pas d’enfant, et n’en ont conçu, en réalité, aucune honte. Un des grandes vertus du film est là : il nous montre des femmes qui ont été confrontées, pour certaines, à la culpabilisation (comment peut-on encore tomber enceinte alors que tous les moyens de contraception sont disponibles ? pourquoi ne pas vouloir un enfant quand on est « en âge de », en couple stable ? etc) mais qui ont su y résister, ou la dépasser, sans qu’elle laisse trop de séquelles.

Certes, le manque d’information est problématique, l’accueil des femmes qui veulent avorter est loin d’être parfait, et dans certains récits la douleur physique et les insatisfactions sont présentes. Mais jamais le regret. Nous voyons des femmes fortes, fortes en tout cas dans leur réflexion. Des femmes qui affirment leurs désirs et leurs envies, et affirment surtout vouloir choisir. L’idée essentielle qui est ainsi transmise à travers le film est à la fois évidente et joyeuse : la maternité n’est pas une nature, elle ne relève pas d’un instinct, et elle ne dessine pas l’horizon obligatoire et obligatoirement désiré des femmes. Elle est une éventualité, que certaines choisissent, d’autres non.

Au-delà d’un propos plus ou moins consensuel sur les différentes manières de vivre l’avortement, Quand je veux, si je veux propose un vrai point de vue féministe. Il le fait aussi en dévoilant un autre aspect, moins positif, de cette expérience. L’avortement est un droit au regard de la loi, mais les femmes sont toujours tenues de rester discrètes, nous disent plusieurs protagonistes du film. Un interdit social continue de planer sur celles qui avortent, en tout cas une injonction au silence ou au quasi-silence : ne pas en parler trop, trop fort, à trop de gens – trop « à la légère ». Comme s’il fallait être reconnaissante et, en ayant recours à la possibilité qui est désormais accordée par la loi d’avorter, admettre tout de même une faute, une erreur, une défaillance.

L’avortement, c’est en somme comme les règles : ça existe mais on n’en parle pas, car c’est un peu sale. En faisant entendre une parole non autorisée, et en le faisant sans pincettes, sans excuses, sans diplomatie, le film de Susana Arbizu, Henri Belin, Nicolas Drouet et Mickaël Foucault contribue à lever le tabou et le stigmate, et à faire reculer cette sempiternelle obligation de discrétion, de réserve ou de tristesse, qui est consubstantielle de la domination masculine. Ce n’est pas le moindre de ses mérites.

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JE ME SOUVIENS…. À propos du film Quand je veux, si je veux ! Par Martin Winckler

Je me souviens des femmes qui venaient avorter.

J’ai pratiqué des IVG entre 1983 et le début des années 2000. Une ou deux fois par semaine, au centre de planification de l’hôpital du Mans. Je me souviens des femmes qui avaient honte en entrant, qui se détendaient quand on les recevait sans les juger, et qui sortaient soulagées. Je me souviens des femmes qui avaient vécu des histoires d’horreur de la part de médecins culpabilisants, autoritaires ou méprisants qui leur avaient refusé une contraception, ou imposé celle dont elle ne voulait pas. Et qui tombaient des nues quand on leur disait : « Mais c’est à vous de choisir ! »

Je me souviens des femmes qui se retrouvaient enceintes quand leur gynécologue leur avait dit « d’arrêter la pilule pendant un mois pour savoir si tout fonctionne bien ». Je me souviens des femmes qui se retrouvaient enceintes parce que leurs gynécos les avaient contraintes à attendre un mois entre le retrait d’un DIU et la pose du suivant (alors qu’on peut insérer un 2e DIU dans la seconde qui suit le retrait du premier).

Je me souviens des femmes qui étaient enceintes sans oubli de pilule et à qui on avait dit que ça n’était pas possible et qu’elles mentaient, elles l’avaient sûrement oubliée ! (Alors que certaines femmes peuvent parfaitement être enceinte sans oubli, tout simplement parce que cette pilule n’est pas adaptée à leur physiologie.)

Je me souviens des femmes qui pleuraient parce qu’elles avaient peur qu’on les traite comme des criminelles, des femmes qui se tordaient les mains parce qu’elles pensaient qu’une IVG risquait de les rendre stériles, des femmes qui tremblaient parce qu’elles avaient peur qu’on les dénonce à leur famille, et qui nous regardaient incrédules quand on leur disait qu’il ne leur arriverait rien de tout ça. Et qui nous vouaient une reconnaissance infinie quand elles finissaient par le croire.

Je me souviens des femmes qui entraient défensives et qui sortaient pacifiées.

Je me souviens des femmes qui, tout simplement, très calmement, ne voulaient pas être enceintes, et qui n’en faisaient pas une maladie. Je me souviens des femmes qui ne voulaient pas parler et qui disaient : « Merci de ne pas m’avoir fait la morale ». Je me souviens des femmes qui venaient pour la deuxième fois en quinze ans ou la troisième fois en vingt ans et qui se demandaient ce qu’on allait penser d’elles et à qui on disait : « En trente-cinq ans de fertilité, il est impossible de TOUT contrôler. »

Je me souviens de la femme qui est venue sept années de suite, une fois par an, pour une IVG, et qui vivait avec un homme violent. La huitième année, elle n’est pas venue. La neuvième année, elle est venue demander une contraception. « Je vis maintenant avec un homme gentil. On a envie d’avoir des enfants, mais on n’est pas pressés. »

Je me souviens, au début des années 2000, avoir vu des jeunes femmes s’asseoir en disant : « Je n’ai pas peur, ma mère est venue ici il y a vingt ans et elle a été bien reçue, elle m’a dit que tout se passerait bien. » Je me souviens de toutes ces femmes pour qui l’IVG médicalisée et sécurisée était l’occasion d’être entourée, respectée et écoutée – et qui ensuite, venaient nous voir pour leur prescrire leur contraception, nous parler de leurs problèmes de couple ou nous montrer le nouveau-né qu’elles avaient choisi de mettre au monde.

Je me souviens de la femme que j’ai vue mourir d’un avortement clandestin en réanimation dans les années 70, ou de celles qui avaient fait une salpingite bilatérale après le leur et en étaient restées stériles.

Alors, dans mon esprit, il n’y a aucun doute. La légalisation de l’IVG a évité à des centaines de milliers, à des millions de femmes de souffrir et de mourir. Elle fait désormais partie de la vie des femmes comme une expérience parmi d’autres, dont on peut parler, et avec laquelle on vit sans drame. Plusieurs de ces femmes se racontent dans un beau film : Quand je veux si je veux ! Elles le font mieux que quiconque. Et c’est réconfortant de les voir vivre leur liberté.

 Martin Winckler

Auteur de Le Chœur des femmes, POL, 2009

 

 

Avortement : elles témoignent ! Promotion du film Quand je veux, si je veux ! dans l’émission C à Vous sur France 5

 

 

Interview d’Henri Belin dans l’émission Femmes Libres de Radio Libertaire

https://media.radio-libertaire.org/backup/2019-12/mercredi/RL_2019-03-20_18-30.mp3?fbclid=IwAR3AY-paNKvLYNxQMrvAjIAnlWcxWLXea8T0eeA4MrBIcYZvERysb-6kV4U